Un peu d'histoire....

La Navigation sur les Lacs avant 1860 

La navigation sur les lacs de Suisse et de Savoie remonte à la plus haute antiquité.

Pendant des millénaires, le Lac a constitué une voie naturelle pour le transport des marchandises, plus pratique et plus sûre que les chemins de terre, mal tracés et dangereux, propres aux embuscades et au pillage.

Dès le moyen âge, le lac d’Annecy fut sillonné de barques transportant à la ville vivres et matériaux. A la fin du XVIIIè siècle, des services réguliers de grandes barques à voile amenaient à Annecy les bois, les pierres et les minerais provenant de l’exploitation des forêts, des carrières et des mines proches des berges : bois de Doussard, charbons d’Entreverne étaient débarqués à l’entrée du Thiou, à la « Place aux Bois » d’où ils gagnaient- les usines de la plaine.

Mais les transports de voyageurs, sur le lac, ne répondaient pas encore à une nécessité. Le bateau à vapeur apparaîtra d’abord sur les grands fleuves navigables avant de s’imposer sur nos lacs.

La navigation à vapeur se développa sur les grands lacs suisses quelques années avant d’apparaître sur le Lac d’Annecy.

La première exploitation régulière de bateau pour voyageurs semble remonter à 1822. A cette date, un « bateau manège » fut mis en service sur le Lac Léman. Ce bateau, qui navigua deux ans, comportait une grande roue centrale actionnée par 4 chevaux tournant autour d’un axe vertical. Ce bateau d’une lenteur désespérante , avait reçu le nom d’Escargot ».

Le premier bateau à vapeur fut lancé le 28 mai 1823 sur le lac Léman : ce fut le « Guillaume Tell », long de 25 m, qui pouvait transporter 200 personnes.

En 1824, un autre bateau, le « Winkelried », fut mis en exploitation par une nouvelle compagnie Genevoise, suivi deux ans plus tard par le bateau « Léman » d’une compagnie lausannoise.

Le développement de la navigation à vapeur sur le lac Léman entraîna celle des autres lacs.

En 1826, « L’Union » fait son apparition su le lac de Neuchâtel. En 1835, le « Minerva » est lancé sur le lac de Zurich, et le « Bellevue » sur le lac de Thun. L’année suivante, le lac des Quatre-Cantons reçoit son premier « Stadt Luzern ».

En France, l’emploi des bateaux à vapeur était encore limité au parcours des cours d’eau navigables. Et c’est un bateau lyonnais, le « Chérubin », qui assura les premiers services sur les lacs de Savoie après avoir circulé pendant de longues années sur le Rhône.

Le « Chérubin » navigua tout d’abord sur le Lac du Bourget, puis en Août 1839, fut amené par la route jusqu’à Annecy. Lancé en septembre 1839, le bateau commença son service l’été suivant : il transportait une centaine de passagers mais pouvait remorquer, les jours d’affluence, une péniche sur laquelle prenaient place également une centaine de voyageurs. Son débarcadère à Annecy fut établi à l’embouchure du Thiou, à peu près à l’emplacement du port actuel.

Le premier bateau à vapeur n’eut pas une longue carrière. Au cours d’une froide nuit de décembre 1840, le gel détermina une voie d’eau dans ce malheureux navire qui coula dans le port d’Annecy. Renfloué, remis en état, le « Chérubin » reprit son service, fut de nouveau arrêté, subit une nouvelle transformation et fut remis à l’eau en septembre 1843 sous le nom de « Dauphin ». Définitivement hors d’usage, il cessa de naviguer au mois de septembre suivant et fut démoli.

 

Le « Couronne de Savoie »

Vingt ans s’écouleront avant qu’apparaisse un nouveau bateau à vapeur. Le nouveau venu fut offert à la ville d’Annecy par l’empereur Napoléon III à l’occasion du rattachement de la Savoie à la France. Baptisé « Couronne de Savoie », ce bateau fut lancé le 15 Août 1861, jour anniversaire de l’annexion.

Long de 32 m, il avait été construit à Bordeaux et pouvait transporter 400 passagers : c’était un bateau à aubes démuni à l’origine de toute superstructure, et pourvu d’une immense cheminée noire.

La « Couronne de Savoie » commença son service le 20 Octobre 1861. Elle était amarrée au jardin public d’Annecy, à l’embouchure du Thiou.

En 1863., un remorqueur le «Roc de Chère », fut mis à flot sur le lac d’Annecy ; Long de 20 m, ce bateau servait au halage des barques transportant les marchandises qu’il amenait à Annecy jusqu’à la place au Bois. Le service du « Roc de Chère » ne dura vraisemblablement qu’une dizaine d’années.

 

« L’Allobroge »

Une nouvelle entreprise naquit en 1873, la « Compagnie de Navigation du Lac d’Annecy », qui fit construire à Nantes le bateau « Allobroge ». Lancé le 21 mai 1874, « L’Allobroge » était d’un aspect tout différent de la « Couronne de Savoie » : c’était un bateau à hélice, court et massif, long de 26m seulement, pouvant transporter 150 passagers.

Son port d’attache fut établi dans l’embouchure du Thiou, à la place aux Bois, en face du débarcadère de la « Couronne de Savoie ».

Une violente concurrence s’établit entre les deux exploitations. La « Couronne de Savoie » et « l’Allobroge »se livrèrent alors à des courses de vitesse désespérées sur la lac et, plus d’une fois, leur arrivée simultanée au même débarcadère faillit tourner à la catastrophe : pareil incident se terminait souvent par l’abordage des deux unités suivi d’une bataille rangée entre leurs équipages.

En 1876, pour faire cesser cette dangereuse rivalité, la ville d’Annecy loua pour dix ans, la « Couronne de Savoie » à la Compagnie de Navigation.

 

« Le Mont Blanc »

En 1886, La Compagnie des Bateaux à Vapeur sur le Lac d’Annecy (C.B.V.) se substitua à la Compagnie de Navigation et commanda un nouveau bateau à Zurich chez Escher Wyss : ce fut le « Mont Blanc ».

Nettement mieux conçu que les précédentes unités, le « Mont Blanc » offrait un aspect beaucoup plus esthetique. Long de 40 m, pouvant transporter 350 passagers, il était actionné par une machine de 120 CV à cylindres oscillants entraînant 2 roues à aubes dissimulées dans des tambours soigneusement habillés. Le « Mont Blanc » fut lancé du chantier de la Puya, à 2 km d’Annecy, le 4 juillet 1887 et amarré à la place aux Bois ; un nouveau débarcadère fut construit au quai de la Tournette, à l’entrée du port, pour « L’Allobroge ».

La Ville reprit alors à son compte le service de la « Couronne de Savoie », ce qui entraîna de nouveau une vive concurrence entre les deux exploitations. Cette rivalité cessa définitivement en 1892 lorsque la ville eût vendu la « Couronne de Savoie » à la Compagnie des Bateaux à Vapeur.

  

De 1900 à 1914 : « Ville d’Annecy », « France » et « Savoie » 

L’augmentation du trafic à la fin du siècle dernier nécessita la construction d’un nouveau bateau de plus grande capacité, le « Ville d’Annecy ». Construit chez Escher Wyss comme le « Mont Blanc », le « Ville d’Annecy » en avait sensiblement l’apparence mais était un peu plus long (42m) et pouvait transporter 450 passagers. Sa machine de 200 CV était à cylindres fixes. Le « Ville d’Annecy » fut lancé le 7 juin 1900 : « L’Allobroge », en mauvais état, cessa dès lors de naviguer, mais ne fut démoli qu’en 1907.

Afin de rendre sa flotte plus homogène, la C.B.V. transforma vers 1903 la « Couronne de Savoie » qui reçut un habillage analogue à celui du « Mont Blanc » et « Ville d’Annecy ». Les 3 bateaux eurent alors un aspect à peu près identique.

Le développement du tourisme à Annecy après 1900 rendait indispensable la construction d’un bateau salon plus grand et plus confortable que les précédents, baptisé  « France », la nouvelle unité, construite chez Escher Wyss, fut lancée le 13 Mai 1909 ; c’était un bateau à 2 ponts, de 350 CV, long de 47.25 m, transportant 700 personnes : la partie arrière du pont inférieur, fermé servait de salon et de salle de restaurant ; une cuisine était installée dans l’habillage des tambours de roue.

La C.B.V. disposait alors de quatre unités : « France », « Ville d’Annecy », Mont Blanc » et « Couronne de Savoie ». un quatrième pont fut construit au jardin public derrière l’ancien débarcadère qui reçut « France ». La place aux Bois fut alors réservée au « Ville d’Annecy », et le quai de la Tournette à la « Couronne de Savoie ». Cette dernière, en très mauvais état, cessa de naviguer le 31 janvier 1913 et fut vendue à un particulier qui la transforma en villa flottante. Dépourvue de sa machinerie la « Couronne de Savoie » fut amarrée entre Veyrier-du-Lac et Menthon-St-Bernard : insuffisament entretenue, elle coula en 1924.

Un nouveau bateau, le « Savoie », fut commandé pour remplacer la « Couronne de Savoie ». Cette unité était très différente des précédentes : Construit au Havre et lancé le 26 Avril 1913, ce petit bateau était à hélices. Long de 30 m, il offrait une faible capacité par rapport à son tonnage (200 places) et fut affecté essentiellement au service d’Hiver. Une série de transformation lui donna, vers 1920, un aspect semblable à celui des trois bateaux en service. 

La Compagnie des Bateaux à Vapeur entre les deux guerres

Pendant les années qui suivirent la guerre de 1914 – 1918, les quatre bateaux de la C.B.V.  assurèrent un trafic considérable : ce fut l’apogée de la navigation sur le lac d’Annecy. Le nombre de voyageurs transportés, qui était passé de 178 000 en 1907 à

230 000 en 1913, devait atteindre un maximum de 318 000 en 1926. Des débarcadères étaient alors établis en douze points du lac : Chavoires, Veyrier-du-Lac, Menthon-St-Bernard, Talloires, Angon sur la rive est ; Annecy, Beau Rivage, Sévrier, Saint Jorioz, Duingt, Bredannaz, et Lathuile (Bout du Lac) sur la rive ouest. Les bateaux accomplissent alors neuf services par jour en été, de 5h du matin à 9h du soir ; la plupart des services s’arrêtaient à tous les débarcadères : le tour du lac, dans ces conditions durait 2h40mn et coûtait 14.25 ou 8.50 F suivant la classe.

A partir de 1930, le developpement de l’automobile amena petit à petit une baisse du trafic à la C.B.V. La création de lignes d’autocars autour du lac accentua cette chute : le bateau avait cessé de remplir son rôle de transport public et n’assurait plus guère qu’un service touristique. De ce fait, le service d’hiver, devenu très déficitaire, dut être supprimé en 1934. Le bateau « Savoie », coûteux et peu maniable, cessa dès lors de naviguer : il fut démoli en 1940. 

Cependant un nouvel élément de trafic apparut en 1935 avec le téléphérique du Mont Veyrier qui fut acquis par la C.B.V. Cette exploitation entraîna la création d’un service direct de vedettes rapides à essence. « Téléphérique I, II, III » entre Annecy et le petit port de Veyrier. Un service analogues existait déjà depuis quelques années en Annecy et Sevrier avec la vedette « Roselet » du nom de la cité lacustre dont on a retrouvé les vestiges au large de Duingt.

Aucun incident notable ne devait marquer cette période : le lac d’Annecy ne connut pas de naufrage. Tout au plus peut-on rappeler l’aventure survenue au bateau « Mont Blanc » en 1918 : celui-ci transportait des soldats américains qui, après avoir bien bu, envoyèrent le timonier à fond de cale et prirent la direction du bateau. Le « Mont Blanc » se mit alors à décrire des courbes extraordinaires sur le lac et alla terminer sa course dans le mur du château de Duingt. Les dégâts furent heureusement sans gravité, et le bateau put se dégager par ses propres moyens.

 

L’exploitation des bateaux depuis 1940

Pendant la guerre, avec la suppression de la circulation automobile, le bateau reprit, pour un temps, son rôle de service public.

Après la guerre, la C.B.V. connut pendant quelques années une reprise de trafic. Vers 1948, on pouvait voir circuler simultanément pendant l’été les trois bateaux, « France », « Ville d’Annecy », « Mont Blanc » avec les vedettes « Roselet » et « Téléphérique I ». Les vedettes « Téléphérique II » et « Téléphérique III » ne naviguaient plus : l’une avait été envoyée sur le lac du Bourget, l’autre avait coulé à la suite d’une collision avec le « France ».

Le développement de l’automobile devait malheureusement condamner les bateaux à aubes, trop lents au gré des touristes pressés qui n’ont plus le temps de consacrer deux heures au tour du lac. Le nombre de voyageurs transportés devait décroître régulièrement de 208 000 en 1946 à 130 000 en 1959. D’autre part, le trafic devenait très faible avec la plupart des ports, Veyrier-du-Lac et Talloires excepté, alors que le trafic tour du lac était en relative augmentation. La suppression de certains débarcadères peu fréquentés permit tout d’abord d’accélérer le service des bateaux. Un nouveau service fut ensuite assuré avec une vedette rapide à moteur diesel, « Le Fier », lancé en mai 1953 : transportant 150 passagers, « Le Fier » effectue le tour du lac en 1h15mn avec un seul arrêt à Veyrier qui permet la montée en téléphérique. Une autre vedette diesel, plus petite, le « Mont Veyrier », remplace depuis l’été 1959 la vedette « Téléphérique I » pour le service de Veyrier.

La mise en exploitation du « Fier » entraîna la disparition des grosses unités de la C.B.V. : le « Mont Blanc » cessa de naviguer en septembre 1952 et fut démoli l’année suivante ; le « Ville d’Annecy », qui ne circulait plus depuis 1958, fut démoli à son tour au début de 1960 ; le « France »  lui même ne semble pas devoir survivre longtemps à ses deux aînés.

L’entretien des bateaux à vapeur qui ne circulent à pleine charge que trois ou quatre dimanches par an, est malheureusement trop coûteux pour que l’exploitation soit rentable. Un projet de modernisation des deux dernières unités fut établi vers 1955, tendant à remplacer la machine à vapeur par un moteur diesel : cette transformation, réalisée depuis la guerre sur plusieurs bateaux du lac Léman, s’était révélée en Suisse particulièrement rentable.

La baisse de trafic sur le lac ne permit malheureusement pas de sauver le « Ville d’Annecy ». Souhaitons néanmoins qu’une solution soit trouvée pour le « France ». La silhouette des bateaux à roues fait partie intégrante du décor du lac d’Annecy : et si l’exploitation par vedettes semble mieux adaptée aux conditions actuelles, il n’en demeure pas moins que ces bateaux ont donné au lac d’Annecy une vie que n’a jamais connue le lac du Bourget : avec eux partirait un peu de cette vie qui fait le charme de notre lac

En 1962, la C.B.V. annonce le désarmement du « France ». Il fut racheté par Mr Bruel, patron des bateaux mouches de Paris qui lui donna une seconde jeunesse.  Le « France » fut ancré au large, immobilisé par la perte de son certificat de navigation en 1965. Le 27 mai 1965,  Mr Bruel offre à son bateau un dernier tour du lac en toute illégalité. Le « France » sombra mystérieusement le 13 mars 1971.

Le « France » repose désormais par 42m de fond , au large de L’Impérial Palace